Ernest

Conseil

 
 

Charleval. 1879

Tunis. 1930

 

Un de ses amis disait de lui : "lorsque je songe au brave Conseil - il est impossible de prononcer son nom sans ajouter. comme en écho, l'épithète de bon ou de brave - je vois surgir du fond de mes souvenirs une silhouette familière. qui demeura inchangée malgré les années et les vicissitudes de la vie".

Après ses études de médecine, Ernest Conseil s'oriente vers la chirurgie. Attiré par plusieurs camarades d'internat et par la réputation de Brunswick, il arrive à Tunis en 1906 voulant profiter des grandes possibilités de formation qu'il y trouverait. Mais quelques mois plus tard il contracte une ostéomyélite en opérant un malade infecté. La guérison est imparfaite avec des séquelles très douloureuses qui nécessitent la morphine.

Conseil, infirme d'un bras, doit renoncer à la chirurgie; morphinomane, il s'enfonce dans le désespoir de la drogue. C'est Charles Nicolle(l) qui le sauve en le faisant travailler à une épidémie de peste pendant laquelle Conseil s'est volontairement enfermé avec les malades dans l'enceinte du lazaret de La Rabta. En 1909, Nicolle obtient la création d'un Bureau Municipal d'Hygiène à Tunis. Ernest Conseil en sera le premier directeur, il est chargé également du service des contagieux de l'hôpital de la Rabta.

Une grande amitié s'établit entre les deux hommes reconnaissance d'un côté, confiance de l'autre. Collaboration exemplaire entre le savant à l'Institut Pasteur et le clinicien qui signale, depuis son service hospitalier, les cas de typhus, de leishmaniose, de fièvre récurrente, de fièvre boutonneuse, etc.

Engagé volontaire pendant la guerre de 1914, le docteur Conseil rendit d'éminents services sur le front serbe dans la lutte contre le paludisme et le typhus. A son retour il reprit son travail infatigable malgré l'abus de morphine dont il ne pouvait se passer. Ses nombreux amis feignaient d'ignorer cette dépendance car sa personnalité attachante et sa grande bonté ne laissaient personne indifférent. Il illustrait à la fois la grandeur et la simplicité, l'héroïsme et la modestie, la science et l'humilité. Pour tous il était Lami, pseudonyme bien choisi par Georges Duhamel dans son roman Le Prince Jaffar .

Toute sa vie professionnelle a été marquée par une activité et un dévouement sans limites, surtout pendant les épidémies de typhus ou de peste qui éclataient de temps en temps. La dernière à laquelle il se consacra en décembre 1929 et janvier 1930, fut particulièrement sévère. Miné par la fatigue et la drogue, Ernest Conseil mourut à Tunis en juin 1930.

Son nom fut donné à une avenue longeant l'Institut Pasteur de Tunis et à cet hôpital de la Rabta où il avait tant travaillé. Mais en 1984, au cours d'une visite officielle, le Président Habib Bourguiba s'étonna que deux grands hôpitaux de Tunis portent des noms français, Nicolle et Conseil. On débaptisa l'hôpital Ernest Conseil pour lui redonner le nom de La Rabta. Cela n'empêche pas la Tunisie actuelle de reconnaître pleinement le rôle éminent d'Ernest Conseil dans l'histoire de la médecine tunisienne.

Maurice Huet

1 Biographie de Charles Nicolle dans Cahiers d'Afrique du Nord, N° 2.

 

 

Bibliographie

 

Georges Duhamel, Le prince Jaffar

 

 

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